Guide du joueur

Vous êtes invité à une murder party

Un ami vous a invité, vous avez dit oui par politesse, et maintenant vous vous demandez dans quoi vous vous êtes embarqué. Vous n’êtes pas comédien, vous n’avez jamais fait de jeu de rôle, et l’idée de « jouer un personnage » devant dix personnes vous met mal à l’aise. Ce guide est écrit pour vous, et il commence par une bonne nouvelle : ce que vous imaginez n’est pas ce qui va se passer.

Ce qu’on attend vraiment de vous

Personne n’attend une performance. Une murder party ne comporte ni scène, ni public, ni texte à réciter. Elle consiste à discuter avec les autres invités, dans une pièce, un verre à la main, en défendant les intérêts d’un personnage dont vous connaissez le passé et les secrets. La différence avec une soirée ordinaire tient en une phrase : vous cherchez quelque chose, et les autres aussi.

La seule chose qui compte réellement, c’est d’aller vers les gens. Un joueur qui parle à six personnes dans la soirée passera un excellent moment, quelle que soit sa timidité, sa mémoire ou son talent d’improvisation. Un joueur qui attend dans un coin qu’on vienne l’interroger s’ennuiera, même s’il a le rôle le plus riche du scénario.

Lire sa fiche : les quatre choses à retenir

Votre fiche fait souvent une à deux pages, et il n’est pas nécessaire de tout mémoriser. Quatre éléments suffisent à jouer toute la soirée.

  • Qui vous êtes. Une phrase, celle que vous direz en vous présentant : votre nom, ce que vous faites, votre lien avec le groupe.
  • Votre secret. Ce que vous ne voulez pas voir révélé. Il n’a souvent rien à voir avec le crime, et c’est lui qui rend vos réponses évasives, donc intéressantes.
  • Ce que vous voulez obtenir. Un objectif concret, auprès d’une personne précise. C’est votre fil rouge quand vous ne savez plus quoi faire.
  • Qui vous connaissez. Les deux ou trois personnages liés au vôtre. Ce sont vos premières conversations, elles sont déjà écrites pour vous.

Gardez la fiche sur vous et relisez-la discrètement en cours de partie, dans un couloir ou en vous resservant un verre. Tout le monde le fait, y compris les habitués.

Les dix premières minutes

C’est le moment le plus intimidant, et il existe une méthode simple pour le traverser. Choisissez d’emblée une personne nommée dans votre fiche, allez la voir, et posez-lui la question qui découle de votre objectif. Vous n’avez rien à inventer : le scénario a déjà écrit pourquoi vous devez lui parler.

Évitez le piège du tour de table où chacun récite sa biographie : c’est long, ça ne raconte rien, et les informations se perdent. Les vraies présentations se font en petits groupes, dans le désordre, et elles sont bien plus efficaces.

Mentir sans savoir jouer la comédie

Le mensonge fait peur aux débutants, alors qu’il est la partie la plus facile. Trois techniques suffisent, et aucune ne demande de talent. La première : dire une vérité partielle plutôt qu’un mensonge complet, parce qu’une vérité incomplète se tient toute la soirée quand une invention s’effondre à la troisième question. La deuxième : répondre par une question, ce qui déplace la pression sur votre interlocuteur. La troisième, la plus efficace : accepter d’avoir l’air gêné. La gêne est exactement ce que le jeu attend de vous.

Et si votre mensonge s’écroule en public, vous n’avez pas raté votre soirée, vous venez d’offrir aux autres le meilleur moment de la leur. Un mensonge démasqué relance dix conversations.

Les cinq questions qui font parler

  • Où étiez-vous au moment des faits, et qui peut le confirmer ? La question de base, elle oblige à s’engager sur un alibi.
  • Quel est votre lien avec la victime ? Elle révèle souvent plus que la précédente.
  • Qu’est-ce que vous savez que les autres ignorent ? Directe, presque impolie, et étonnamment efficace.
  • Qui soupçonnez-vous, et pourquoi ? Elle vous donne l’état des rumeurs et révèle qui cherche à orienter le groupe.
  • Qu’avez-vous à gagner dans cette histoire ? La question qui met mal à l’aise, à garder pour le milieu de soirée.

Si vous êtes le coupable

C’est le rôle que tout le monde redoute et que presque tous adorent une fois joué. Quatre conseils. Ne restez pas en retrait, un coupable silencieux se remarque plus qu’un coupable bavard. Choisissez un alibi simple et tenez-le sans le broder. Accusez quelqu’un tôt, comme n’importe quel innocent inquiet le ferait. Et surtout, acceptez d’être démasqué : la révélation est le sommet de la soirée, elle n’est pas une défaite personnelle.

Notez que dans beaucoup de scénarios récents, les coupables sont deux, ce qui change tout : vous avez un complice avec qui accorder vos versions, et la solitude du menteur disparaît.

Les 6 erreurs du joueur débutant

  • Attendre qu’on vienne vous parler. L’erreur numéro un, et la seule qui gâche vraiment une soirée.
  • Tout révéler dans les vingt premières minutes. Votre secret est votre carburant : gardez-le, monnayez-le.
  • Sortir du personnage pour commenter le jeu. Les apartés hors fiction cassent l’ambiance pour tout le groupe.
  • Prendre les accusations pour soi. On accuse votre personnage, jamais vous. C’est même un compliment de jeu.
  • Rester avec les mêmes personnes. Le conjoint et le meilleur ami toute la soirée, et vous ratez les trois quarts de l’intrigue.
  • Regarder son téléphone. Sauf si le jeu en utilise un, auquel cas on consulte trente secondes et on repose.

Questions fréquentes

Faut-il savoir jouer la comédie ?

Non. Une murder party se joue en conversation ordinaire : vous discutez avec des amis en défendant les intérêts de votre personnage. Il n’y a pas de texte à apprendre, pas de scène à jouer devant un public, pas d’accent à prendre. Si vous savez raconter votre journée à table, vous savez jouer.

Que se passe-t-il si j’oublie ce qu’il y a dans ma fiche ?

Rien de grave, et personne ne le verra. Gardez votre fiche sur vous (ou dans l’application si le jeu en a une) et relisez-la discrètement en cours de soirée : tout le monde le fait. Retenez seulement quatre choses de tête : qui vous êtes, votre secret, ce que vous voulez obtenir, et qui vous connaissez.

Est-ce grave si je mens mal ?

Au contraire, c’est souvent drôle et cela alimente le jeu. Un mensonge maladroit lance des soupçons, donc des conversations, donc du jeu pour tout le monde. Les parties les plus mémorables ne sont pas celles où personne ne se fait prendre, ce sont celles où les mensonges se fissurent en public.

Puis-je refuser de me déguiser ?

Oui. Aucun scénario ne dépend du costume. Un accessoire suffit largement à incarner un personnage, et la plupart des hôtes le disent explicitement dans l’invitation. Venez, jouez, le reste est du confort.

Que faire si je m’ennuie pendant la partie ?

C’est presque toujours le signe que vous attendez qu’on vienne à vous. Relisez vos objectifs et allez chercher activement une personne nommée dans votre fiche : posez-lui une question précise. Une murder party récompense ceux qui vont vers les autres, et le remède tient en une conversation.

A-t-on le droit de mentir sur tout ?

Sur presque tout, sauf sur ce que votre fiche présente comme un fait établi vous concernant, que les autres pourront vérifier auprès de l’hôte. La convention habituelle : les faits écrits dans votre fiche sont vrais, tout ce que vous en dites peut être déformé. Votre hôte précisera la règle exacte au début.

Si la soirée vous plaît et que vous voulez organiser la prochaine, tout commence ici : notre murder party à faire chez soi, pour 8 à 12 personnes guide l’hôte pas à pas, même pour une première fois.